( RueFrontenac.com -
Écrit par Yvon Laprade ) -
La crise que traversent les médias laisse sans mot le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), François Bourque. « Ce qu’on observe est inquiétant, préoccupant », confie-t-il en entrevue à RueFrontenac.com.
Affirmer que ça ne va pas bien dans les médias traditionnels est un euphémisme. Pour dire les vraies choses, il faudrait parler d’une véritable hécatombe.
Lock-out au Journal de Montréal. Lock-out à l’hebdo Le Réveil, à Saguenay. Incertitude au quotidien Le Soleil, qui pourrait perdre la moitié de son effectif à la rédaction. Appréhensions au quotidien The Gazette, qui tente d’éviter le pire dans le giron de CanWest.
Le groupe Transcontinental connaît des moments difficiles, tant avec ses hebdos qu’avec ses publications économiques. Le paysage médiatique n’est guère plus rassurant du côté de Radio-Canada, du Groupe TVA à Québec, de Corus (Info 690). Ne parlons pas de TQS.
« Les médias étaient déjà en net recul avant le début de la crise économique. Ce qu’on voit au Québec n’est pas unique. On assiste à des fermetures de grands journaux aux États-Unis, notamment. Mais on ne peut ignorer que la crise des médias nous frappe durement », précise François Bourque.
Il reconnaît que la saignée des emplois dans le métier fait l’objet d’une «réflexion».
« Je suis ouvert pour trouver des pistes de solution, pour entendre le monde. Mais que puis-je faire dans un contexte aussi peu glorieux pour les médias traditionnels ? Je n’ai pas le pouvoir de garder ouvertes les salles de nouvelles dans nos médias », concède le président de la FPJQ.
Il hésite à demander au gouvernement d’intervenir pour limiter les dégâts. «Ce qu’on peut faire de mieux, dans les circonstances, c’est sensibiliser le public au fait qu’il faut des journalistes professionnels, pour la démocratie», dit-il.
À l’affût des scabs
Par ailleurs, François Bourque tient à apporter des précisions sur la prise de position de la FPJQ – qui a suscité des réactions négatives – sur le travail des journalistes de l’empire Quebecor dans le conflit au Journal de Montréal.
« Nous sommes très à l’affût des scabs. Nous ne pourrions tolérer qu’il y ait des journalistes illégaux », dit-il.
Il n’était toutefois pas d’accord avec la prise de position du parti politique Québec solidaire, qui a expulsé un journaliste du Journal de Québec parce que celui-ci ne pouvait donner l’assurance que le fruit de son travail ne serait pas utilisé par Le Journal de Montréal.
« La position de ce parti politique était intenable. On vient de voir Québec solidaire changer son tir. Ils vont permettre aux journalistes du Journal de Québec de faire leur travail normalement », souligne le président de la Fédération.
Il ne croit pas, pour autant, qu’il soit possible de tout contrôler, de tout superviser, pour éviter que des textes provenant des journaux de l’empire Quebecor ne se retrouvent dans Le Journal de Montréal, après avoir été tamisés dans la nouvelle agence Quebecor Media (QMI).
« Un texte publié dans le quotidien Le Soleil et qui est repris par La Presse Canadienne peut se retrouver dans Le Journal de Montréal. C’est difficile de tout contrôler. Il n’y aurait plus de fin à cela », insiste-t-il.
Il croit enfin que le meilleur moyen d’empêcher la circulation de textes dont la provenance serait douteuse, c’est la loi anti-scabs.
« Mais le rôle de la FPJQ n’en est pas un syndical ni patronal. Certains voudraient qu’on soit plus militants, d’autres non. Il y a de nos membres qui nous demandent de lancer des campagnes au boycott. Je comprends que des questions se posent; il y en a qui affirment que la crise actuelle est un prétexte dont se servent des médias pour couper », mentionne-t-il.
Pour dire les choses plus clairement, la Fédération des journalistes n’a pas l’intention de se mêler des conflits de travail. «Nous, notre mandat, c’est de voir aux enjeux qui touchent l’information. Mais je dois admettre qu’en ces temps de coupures et de rationalisations, nous ne vivons pas des années glorieuses dans nos médias. On verra après la crise ce que seront nos médias», conclut François Bourque.
Quelques faits saillants:
- Le Journal de Québec a survécu à un lock-out de 16 mois décrété par l’empire Quebecor. Le Soleil de Québec, qui fait partie du groupe Gesca, traverse des moments difficiles. La salle des nouvelles pourrait être amputée de la moitié des 79 membres de la rédaction, selon le syndicat, qui dit avoir mis la main sur un document patronal.
« C’est certain que ça me dérange. Ce serait une catastrophe », commente François Bourque, lui-même journaliste au quotidien Le Soleil.
- À Montréal, le lock-out au Journal de Montréal ne laisse personne indifférent. La direction de Quebecor continue de faire preuve d’une totale indifférence, tandis que les 253 travailleurs du quotidien usent leurs semelles sur le trottoir de la rue Frontenac.
- En région, à Saguenay, un lock-out, un autre, vient de frapper les employés de l’hebdomadaire Le Réveil, propriété de Quebecor.
- En télévision, les nouvelles ne sont guère plus réjouissantes. Le président du syndicat des employés de Radio-Canada, Alex Levasseur, appréhende le pire.
«Nous pourrions voir des stations fermer leurs portes, comme ça s’est vu au début des années 1990. La société d’État avait fermé 14 stations au pays, dont trois au Québec (à Matane, Rimouski et Sept-Îles)», dit-il. Le syndicat en saura davantage sur l’avenir de ses membres vers la mi-mars, lors d’une rencontre avec la direction de Radio-Canada présidée par Hubert Lacroix.
- Le groupe TVA vient de lever la voix en vue de réduire à son tour sa production à Québec, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur le niveau d’emploi.
- À la radio, on semble baisser le ton. Corus a annoncé des compressions, il y a quelques semaines, qui ont touché des journalistes de la station Info 690. Le groupe Transcontinental n’est pas en reste. Les journalistes de ses hebdomadaires vivent des moments de tension. Les publications économiques de Transcontinental ont écopé en marge de ces programmes de compressions.
- TQS, le Mouton noir de la télé, s’est égaré dans le paysage médiatique, et l’arrivée des frères Rémillard n’a pas réglé les problèmes.
Publié par : Marcel Charland
à 01:54:00
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